
Kali eut vite fait d'éteindre la télévision, décidant qu'une petite discussion
s'imposait avec son meilleur ami : en effet, celui-ci restait bien plus silencieux
qu'à l'accoutumée ces derniers jours, et elle n'aimait pas qu'il sombre dans la
déprime, lui qui était d'ordinaire la joie de vivre incarnée.
Matthias n'aimait pas qu'on l'interroge avec trop d'insistance.
C'est pourquoi elle fit mine de se lever pour aller déposer la télécommande
sur le dessus de la télévision, et prit une chaise qui trainait à côté
d'un bureau pour s'asseoir dessus, mettant ainsi un peu
de distance entre eux. Il apprécierait cette retenue, elle le savait.
On se juge tout le temps, on se jauge et on jure des mesures.

- Bon alors, si tu me racontais un peu comment ça se passe
avec Thibault ! l'encouragea-t-elle, sans prendre la peine d'arborer un
quelconque sourire encourageant : il savait qu'elle ne souriait jamais, à quoi
bon jouer la comédie simplement pour satisfaire sa curiosité dévorante ?
- Je ne l'ai pas revu depuis lundi soir. Tu devrais mettre une
culotte sous tes nuisettes Kali, on voit tout.
Kali vira au rouge tomate, et lui lança un regard furieux,
refermant aussitôt ses jambes sur son corps. Matthias esquissa un
sourire amusé, et secoua la tête, blasé.
- Je rêve ou t'évite le sujet, Matt ? le questionna son amie, impitoyable.
- J'évite pas le sujet mais ça me stresse de me dire qu'il n'a toujours pas rappelé
au bout de carrément une semaine, et en parler c'est encore pire.
"En d'autres termes, ce sujet te rend malheureux et tu répugnes à
l'aborder, de même qu'à y réfléchir..." pensa Kali, demeurant
de glace. "Cela dit, je me doute bien que tu y penses sans cesse".

- Mais vous aviez passé une bonne soirée, au Brown Bungalow,
non ? insista-t-elle. Vous vous êtes même embrassés, il doit sûrement
attendre que ce soit toi qui fasse le premier pas vers lui. Il est timide, le con.
Pour toute réponse, Matthias lâcha un soupir de résignation, tripota les
coussins du canapé avec un air distrait, absent, et finit par secouer la tête.
- Le premier pas, je l'ai déjà fait, et j'ai continué après. Il me recontactera
s'il en a envie, j'en ai assez de me faire de faux espoirs.
Il sentait que Kali s'inquièteia tpour lui, et il détestait cela : ce n'était pas
pour rien qu'il l'adorait, elle était toujours froide et cassante.
Or, là, elle venait quêter les nouvelles, prenait une mine sinon
affligée, du moins préoccupée. C'était atroce. Il détestait que l'on
s'inquiètât de son sort, et quelque part c'était en l'occurence encore pire,
car ça montrait que le silence de Thibault, plus que de l'avoir froissé,
l'avait réellement blessé. Il avait pourtant eu l'impression de le percer, rien
qu'un peu... pourquoi fallait-il toujours qu'il préfère s'isoler ?
La sonette de la porte d'entrée retentit.
- Tu attends du monde ? le railla Kali.
- Oui, Christina.
Kali n'eut pas le temps de répliquer, étouffée par sa surprise indignée,
que déjà Matthias se levait pour aller ouvrir à sa visiteuse.











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