
Du côté de Matthias...
- Ce soir ?! Mais enfin Chloé, tu blagues ou quoi ! Non, bien sûr
que non que ce n'est pas possible !
A l'autre bout du fil, Chloé le suppliait de passer la voir, chez elle ou où que ce
soit, même aux bureaux si ça le gênait que ses enfants soient à la maison.
Elle s'énervait, criait, pleurait, craquait, tremblait, reprenait sa colère...
- S'il te plaît, Matt... je me sens seule. I-Il... il est encore parti.
- Mais quitte-le, bon sang, qu'est-ce que tu veux que je te dise ! Je ne
suis pas ton jouet, faut que cette mascarade prenne fin, ça devient trop
sérieux, à la longue ! s'énerva-t-il, échaudé.
- Parce que tu crois que ça me fait PLAISIR ! hurla Chloé de la faible force
de ses cordes vocales tremblantes et délicates. Tu crois que je prends ma
vie pour un jeu ?! Je croyais que tu comprenais mieux que ça !
Matthias ferma un instant les yeux, se faisant violence pour ne pas écouter
ses insctincts masculins et l'envoyer paître sans une once de tact.
La situation de Chloé Lurry, sa patronne, il la connaissait très bien : mariée
jeune et inconsciemment, aujourd'hui la trentaine, deux enfants sur
les bras, et un mari irresponsable en plus d'être infidèle. Depuis quelques
mois, elle comblait son manque cruel d'amour avec lui... il l'aimait beaucoup,
mais ça allait trop loin. Et parfois, quand on avance loin comme cela
sur un terrain aux dangers périlleux, la case de non-retour devient
permanente. On regarde derrière et on ne voit plus que les vestiges
impraticables d'un chemin qui aurait pu être plus pur.

Chloé se tirait les cheveux sans pitié pour sa douleur personelle, pour
évacuer l'énergie dévastatrice qui la dévorait, creusant de plus en plus au fil
des années ses espérances meurtries. Sans espoir, y-a-t-il une vie ? Sa force de ravages, c'était sur elle-même qu'elle la dépensait.
Si l'homme a des envies de meurtre... qu'il chute lui-même
plutôt que de tuer son homologue.
- Chloé... je ne te juge pas du tout, mais là ça devient trop, déclara
calmement Matthias, s'efforçant d'apaiser son interlocutrice.
- Ah, tu ne juge pas ? Tout le monde juge, Matthias ! Tout le temps !
- Calme-toi, je t'en p...
- Non, je ne veux pas me calmer ! s'exclama-t-elle.
Elle était au bord des larmes, ça s'entendait.
- Tu me déçois, Matthias.
Elle raccrocha sur ces paroles.
Elle ne savait même plus pourquoi elle s'énervait, tout ce qu'elle savait,
c'était qu'elle avait besoin d'extérioriser... quelque chose. En chemise de nuit aguicheuse au fond de sa cave non éclairée, Chloé venait de tourner le dos à
son seul ami. Amitié peut-être un peu trop intime...

- Putain de merde ! Chloé !
Au fond...
Tout ressemble à un rendez-vous raté.
"Si j'avais su dès le début, si je n'avais pas eu peur, si j'avais assumé
mes sentiments, si j'avais mieux placé ma confiance, si je n'avais pas
été bête, si j'avais su... dès le début...
...Un début raté"
On peut refaire le monde avec des si.
Et on peut le détruire avec des erreurs.
"Un putain... de rendez-vous manqué"
- Elle a raccroché... murmura-t-il.
Il était vidé.











J'apprécies pas vraiment Chloé, mais sa situation fait de la peine tout de même...
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