
Thibault resdescendit quelques cinq minutes plus tard, après avoir maugréé
contre Matthias qui jouait les moralisateurs, puis avoir saisi le premier sweatshirt
qui lui passait sous la main - enfin, le deuxième, car le premier n'était pas
vraiment à sa convenance et il n'avait pas envie, encore en plus, que son invité
imprévu le raille sur ses goûts vestimentaires, et après avoir respiré lentement,
la tête appuyée contre le mur, pendant deux minutes, la peur de
redescendre et d'affronter Matthias lui nouant l'estomac.
- Bon... et tu comptes faire quoi, maintenant ? lui demanda-t-il, gêné.
Après tout, c'était Matthias qui était venu ici !
Le regard persistant du jeune homme le mettait mal à l'aise.
Avec le temps, s'étant renfermé, il avait développé une autre allergie
psychique : celle qu'on le regarde de manière aussi intense. Ca le rendait fou.

Matthias, adossé contre la porte, ne manqua pas de remarquer son évident malaise.
C'était pire que ce qu'il croyait : ce type fuyait décidément tout contact humain.
Bientôt... même se retrouver seul avec lui-même lui ferait peur.
- T'étais mieux habillé tout à l'heure, dit-il avec un sourire moqueur. Tu
bouffes parce que t'as faim, tu t'habilles pour ne pas être à poils... ça
devient dingue. regarde-toi, tu te laisses complètement aller !
Thibault prenait très mal que quelqu'un de moins âgé que lui, et qu'il avait
jugé irresponsable dès la première entrevue, lui reproche sa conduite, sa façon
de vivre. Et ce qui le blessait encore plus, c'était qu'il ait raison.
"Saloperie de styliste à la noix... qu'est-ce que j'aimerais que la porte
s'ouvre, pour qu'il se casse la gueule par terre !"
- Je t'ai posé une question, mais tu ne m'as pas répondu, dit-il,
s'efforçant se montrer imperturbable.












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