
Thibault fut surpris quand, à l’entrée du bar, une femme qui devait se situer
entre la vingtaine et la trentaine d’années salua son jeune ami d‘un large
sourire, avant de le détailler rapidement, lui. Gêné par cet examen
féminin, Thibault rougit et regarda plus attentivement là où il marchait, tandis
que Matthias l’entraînait dans une seconde salle à l’ambiance confinée,
plus ou moins peuplée, qui donnait, dans le fond, sur une terrasse remplie de
fumeurs qui devaient très certainement pester contre la nouvelle loi
interdisant de fumer dans les lieux publics fermés en France. N’ayant
jamais éprouvé une dépendance vis-à-vis de ce genre
de produits, lui s’en fichait pas mal.

Arrivant enfin dans la fameuse salle principale, il ne put retenir un petit bruit
étonné et appréciateur qui venait de sa gorge : il ne s’était pas attendu à
une ambiance aussi décontractée et… intime. C’était difficile à croire,
mais en ce lieu communautaire, il n’avait pas de malaise paralysant comme
le soir précédent en boîte; non, là, la présence d’autres
personnes ne le refroidissait pas.
- C’est vachement sympa… souffla-t-il, se sentant toujours coupable d’avoir
envoyé paître Matthias et de lui avoir signifié très vivement sa
méfiance à son égard précédemment.
- Je n’ai pas que des mauvaises idées.
- Je sais, dit sèchement Thibault, énervé qu’il lui rappelle, aussi
discrètement fût-ce, son blâmable comportement.
Matthias faillit lui répliquer un « Tu sais que t’es vraiment fatigant ? », au risque
de se répéter, mais comprit avant qu’il n’avait pas atteint un degré d’intimité
suffisant avec ce psychorigide de Thibault pour se permettre de lui
envoyer ses défauts à la figure en espérant le faire changer. En
attendant, il devrait « l’apprivoiser » et se débrouiller pour être de
telle sorte que Thibault se fasse à lui, à la longue.
- Si on allait s’asseoir ? lui proposa-t-il à la place, conciliant.

















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