
Alors qu’il déversait toute son ardente fureur dans son baiser, ne réfléchissant
pas aux conséquences de ses actes, il sentit un brusque revirement de
situation : Matthias venait de lui saisir fermement les poignets, et de les lui recaler
le long de son corps. Surpris, Thibault ne cessa pas ses mouvements de langue
pour autant, espérant que Matthias n’y mettrait pas fin, aspiration dans laquelle
il se retrouva exaucé : Matthias, au lieu de quitter ses lèvres, lâcha son poignet
droit, gardant une emprise sur le gauche, et glissa une main sous son dos,
le couchant à demi sur le siège passager, veillant avec attention à ne pas faire
rencontrer à leurs corps le levier de vitesses, la collision ne risquant
pas d’être fort agréable.
Thibault se sentit heurter le dossier du siège, sans violence toutefois.
L’espace d’un instant, une pensée le traversa : Matthias l’avait couché, avait-il pour
ambition de le déshabiller et de lui faire l’amour, là, comme ça, maintenant ?
Un peu paniqué, il tenta de remettre un peu plus de force dans son
baiser, essayant tant bien que mal de contrôler un peu mieux la situation,
et voulut agripper son bras gauche à l’épaule de Matthias, mais alors qu’il
le dirigeait vers son torse, ce dernier lui saisit fermement,
encore plus fermement que précédemment.

Il sentit d’abord que Matthias lui clouait les mains aux poches,
et le plaquait contre le siège.
Surpris, Thibault tenta de se débattre : même s’il avait maigri ces derniers
temps, il se savait plus fort que Matthias, au vu de la physionomie très fine de
celui-ci. Mais au-dessus de lui, le jeune homme avait un avantage indéniable
et il ne pouvait guère diriger ses mains à présent emprisonnées.
Leur baiser s’estompa, Matthias y mettant fin doucement, avant de relever son
visage de quelques centimètres en toisant d’un œil amusé un Thibault hébété.
- Game over, mon mignon, se moqua Matthias.
- C’est quoi ton problème !S’exclama Thibault, frustré et surtout
furieux de se retrouver ridiculisé de la sorte.
- J’ai aucun problème, Dom Juan, rigola à nouveau Matthias.
- Lâche-moi, s’agaça Thibault.
Matthias leva les yeux au ciel et le libéra rapidement de son emprise, regagnant
son siège en se retenant à grand peine d’éclater de rire. Thibault, énervé qu’il
l’ait stoppé de la sorte, et surtout qu’il aie désormais matière à le charrier,
remit rapidement son pull froissé en place.
- C’est merdique, ce surnom, dit-il avec un air blasé.
- Dom Juan ? Ça te correspond pourtant bien.
- Tu m’en diras tant ! Se récria Thibault, sentant
le rose lui monter aux joues.










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