
- Eh, Thibault, tire pas cette tête d’enterrement ! S’exclama Matthias
au bout d’un moment.
- Je ne tire pas une tête d’enterrement.
- Y’a un rétroviseur juste devant, alors, si tu veux vérifier
mes dires, le railla Matthias.
- Non merci, pas besoin, s’esquiva Thibault.
Il n’avait pas envie de constater qu’il était blanc comme un cachet d’aspirine, ce
qu’il savait déjà. Il était tout retourné, aussi bien physiquement que mentalement.
- Bon bon… marmonna-t-il, ne sachant pas comment formuler de
manière polie qu’il désirait rentrer chez lui pour être seul à nouveau : la
présence de Matthias, après leur échange, le gênait de plus en plus, et
il avait envie de rentrer six pieds sous terre.
- Tu ferais bien de dormir. T’as l’air crevé.
Même s’il devinait que Matthias avait dit ces mots pour lui épargner
un « Bon, ben je crois que je vais y aller, salut » , ce qui était assez humiliant
dans le fond, Thibault ne put s’empêcher de se sentir vexé qu’il
ait remarqué qu’il avait les traits tirés.
- Ouais, sans doute…
Matthias le toisait, l’expression parfaitement neutre.
- Tu garderas le ménage de ton salon pour demain,ajouta-t-il
avec un regard lourd de sens.
- T’es embêtant avec ça, bien sûr que je vais le ranger.
- J’espère bien.
- Bonne nuit Matthias, grommela Thibault.
- Bonne nuit ! Lui répondit l’autre sur un ton léger, étouffant un rire.

Thibault ouvrit rapidement la portière, soulagé que la poignée ne résiste
pas - il avait eut son quota de honte pour la soirée - et s’extirpa tout aussi
vite du véhicule, désirant s’éloigner de Matthias le plus vite possible.
Son regard sur lui le mettait mal à l’aise.
Il referma la portière et présenta un bref sourire crispé au roux, histoire de
ne pas quitter sa voiture et de s’en aller en l’ignorant. Matthias le lui rendit
tout aussi brièvement
Thibault l’entendit mettre en marche le moteur quelques secondes plus tard.

La voiture recula, cependant que Thibault avançait.
Un éloignement mutuel.
C’était peut-être ce qu’il lui fallait pour mieux réfléchir.
En tout cas, il ne se sentait pas prêt à revoir Matthias de sitôt.
Le trouble était encore trop grand.
Son sentiment de détresse commença à se calmer dès qu’il eût refermé
la porte d’entrée à clef derrière lui.
















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