Fischer Spooner _
"Emerge"
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Christina reçut
comme une décharge électrique en
pleine face, mais ne
laissa rien paraître.
Dangereuse. Oui,
cette fille était dangereuse.
Elle l'avait senti depuis
le début. Et elle ne lui voulait pas que du bien,
pour
une raison qui lui
était inconnue. Mais alors si elle avait connu son
frère
étant plus
jeune, elle... l'avait connue elle.
Ca coulait de
source.
- Mmh, d'où me vient cette antipathie
soudaine ?demanda Christina avec une voix
douce, suave, et pourtant débordante de
colère. Se serait-on déjà
rencontrées ? Jusqu'ici je n'ai perverti personne, mais tu
m'as l'air d'avoir une opinion bien arrêtée sur le
sujet.
Elle avait failli rajouter
"sale garce" , mais
s'était retenue - à grand peine.
- Tu ne me reconnais pas, c'est vexant,
fit l'autre.
- Si tu commençais par me regarder en
face, ce serait déjà pas mal, je te promets que je ne
vais pas m'énerver sur ton minois, du moins pas tout de
suite, lui rétorqua Christina,
énervée par sa lâcheté.

La jeune femme se leva de
son tabouret et se retourna vers Christina, qui ne distingua
d'abord pas très bien son visage, celui-ci se trouvant dans
l'ombre. mais elle ne tarda pas à identifier l'individue,
sans toutefois le montrer, à son habitude.
- Hey ! fit la
chataîn avec une moue de
fierté détestable. Plutôt
marrant de
tomber sur toi après dix ans, je
vois que t'as pas changé.
- Onze.
- Comment ? demanda
l'importune, fronçant les sourcils.
- Onze ans, et c'est encore trop peu,
répliqua Christina, qui
commençait vraiment à sentir une fureur pour le moins
inhabituelle l'envahir : elle avait oublié de prendre ses
"cachets" aujourd'hui, et avait tendance à se laisser
envahir par les émotions qui submergeaient souvent le commun
des gens rationnels.
- Suceptible et rancunnière, t'as jamais
pensé à faire une cure de défauts ?
ironisa l'autre avec un air
mauvais. Imbue de ta personne sans raison valable
depuis toujours, en plus de ça... c'est ta
"différence" qui te fait te sentir supérieure ?
Pauvre petite Christina, seule contre tous, rejetée par les
gens normaux...
- Ferme-la un peu... dit Christina, serrant les poings.

- Attention, c'est qu'elle mord !
se moqua la détestable jeune
femme. Ah... continua-t-elle
en soupirant. T'as pas changé depuis tes
quatorze ans, toujours aussi puérile. Et dire que t'es
chroniqueuse maintenant ! A ta place, je me sentirais mal de donner
des conseils aux gens alors que je suis incapable de gérer
ma propre vie...
- Ta gueule, Kali, répéta Christina, croisant les bras pour se
maîtriser.
- Mmh... tu te souviens même de mon nom. Je
t'ai tant marquée que ça?
- Une pute pareille, ça ne s'oublie pas,
même en onze ans.
- J'ai dû te laisser un traumatisme !
fit ladite Kali,
que l'idée
semblait plutôt réjouir.

Thibault, qui
s'était éloigné pour laisser les deux femmes
parler entre elles, revint s'assurer que rien ne se
déroulait bizarrement : sa soeur était
étrangement tendue, agressive, sur le qui-vive, et il ne
l'avait pas souvent vue comme ça, ces dernières
années... c'était plutôt le comportement
qu'elle avait eu tendance à adopter pendant son
adolescence.
Les sales années
de Christina... il n'avait rien pu faire pour elle.
Ca avait été
dur de voir sa petite-soeur plonger dans la drogue.
- Je peux savoir ce qu'il se passe ?
demanda-t-il, se faisant
menaçant,
tout en fusillant Kali du regard.
- Et protecteur, avec ça !
sourit Kali. Vraiment, ton
frangin a toutes les qualités,
les parents ont dû foirer le
deuxième gosse, y'a un truc qui tourne pas rond.
Thibault haussa les
sourcils, supris.
- C'est qui celle-là ? interrogea-t-il sa soeur, qui semblait à mi-chemin
de la fureur.
- Kali Humbant, dit
Christina, la voix dure. La fille qui a appris je
ne sais comment que j'étais lesbienne quand j'étais
en 4e, et l'a évidemment balancé sur tous les
toits, ce qui m'a contrainte à m'exiler dans un
lycée à Paris pour échapper à la putain
de réputation qu'elle m'a créé.
Thibault en resta bouche
bée. Déjà au lycée quand le secret de
sa soeur avait été
révélé, il n'avait jamais pu
connaître qui était à l'origine de la rumeur
qui avait
brisé
Christina, et voilà qu'il en avait l'instigatrice sous les
yeux.
L'homme roux qui
accompagnait Kali se rapprocha du groupe, lui aussi, sentant que
quelque chose n'allait pas. Les sourcils froncés, il oberva
les deux jeunes femmes se toiser en silence, les yeux assassins, et
il jeta un bref regard à Thibault, comme pour
vérifier s'il était la cause de cette embrouille. Au
moment où leurs yeux s'accrochèrent, Thibault sentit
très clairement que le rouquin le prenait pour un idiot
incapable de régler la situation, et il eut soudainement
envie de se défouler sur lui.
"Saloperie de putain de
gay qui se croit parfait!"
- Bon, c'est pas bientôt terminé vos
conneries ? demanda le roux avec un
agacement très visible. Kali, t'es vraiment
chiante, faut toujours que tu foutes la merde. A la base, c'est
elle la victime, quand même, et là tu la fais passer
pour la méchante dans l'histoire, alors que sa seule erreur
a été d'être trop naïve en amitié
quand elle était gosse.
- D'où tu joues les chevaliers servants,
l'asticot ? l'attaqua
Christina.
- Je ne t'ai pas parlé, le glaçon !
riposta le roux.
"Les gays sont tous des
dingues, je suis coincé chez la maison de
fous!"
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