Accueil Date de création : 04/11/07 / Dernière mise à jour : 11/05/08 17:04 / 147 articles publiés
 

16*  posté le vendredi 14 décembre 2007 12:46

 

Toujours un peu gêné, il prit place aux côtés de l'énergumène.

 

- Qu'y a-t-il ? demanda Thibault face à son air surpris.

- Rien. Simplement... je ne pensais pas que tu viendrais.

- Oh.

 

Bon, maintenant, il fallait trouver un sujet de conversation. Discrètement, Thibault

jeta un coup d'oeil à sa montre. Vingt-trois heures trente. Même pas, vingt-cinq. Ca

faisait à peine une heure qu'il était ici et il avait déjà une folle envie de prendre

 ses jambes à son cou. A une heure grand maximum, il s'en irait, dût-il se

mettre un grand coup dans le nez pour trouver une excuse potable.

 

- Et hmm... au fait, comment tu t'appelles ? demanda-t-il,

tentant d'ignorer sa propre niaiserie.

Le rouquin haussa les épaules, regarda ailleurs.

- Pourquoi me le demander alors que tu n'en as rien à foutre ?

- Si tu le prends comme ça... répliqua Thibault, vexé.

- Tu ne vas pas prétendre t'en souvenir dans deux heures,

quand même ? se moqua l'autre, railleur.

- Ben... si.

 

 

Il toisa Thibault un moment, sondant son regard, comme pour vérifier

l'honnêteté de ses propos; puis il lacha un long soupir et baissa les yeux.

 

- Matthias, finit-il par laisser tomber.

- Tu vois, c'était pas difficile, se moqua Thibault, levant les yeux au ciel.

- C'est pas dans les habitudes des gens de me demander

 mon nom, répliqua Matthias.

- Par les gens, t'entends "les mecs" ?

Matthias esquissa un sourire et releva la tête.

- Je ne voudrais pas te choquer.

 

L'idiot. Il était vraiment rageant.

Matthias le fixa un instant, étudiant ses traits. Mal à l'aise, Thibault détourna la

tête, supportant assez mal cet examen, même s'il ne portait pas sur son corps.

 

- T'as quel âge ? finit par demander le rouquin. Tu fais vieux.

- Vieux, c'est quoi pour toi ? répliqua Thibault, acerbe.

- La trentaine.

- Rien que ça ? Des clous ! J'ai vingt-sept ans ! rétorqua le brun, vexé.

- T'en fais trente.

- La ferme, gamin, l'intima Thibault, de plus en plus blessé dans son amour-propre.

Son moral avait à ce point empiété sur son physique ? Il était vrai qu'il

 avait pris quelques rides, ces derniers mois...

- Le gamin a vingt-trois ans ! s'exclama Matthias, le regard farouche.

- Ben t'en fais vingt ! se vengea Thibault.

- Cool, je fais pas vieux comme toi.

 

"Faites taire ce chieur, par pitié..."

 

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17*  posté le vendredi 14 décembre 2007 19:22

 

- Bon... trêve d'idioties, fit Thibault, mettant ainsi un terme à ces

 attaques qui lui paraissaient tout à fait stupides.

 

Matthias, en son fort intérieur, se dit que son interlocuteur n'avait coupé court à la

 conversation que parce qu'il ne savait pas quoi répondre, mais se garda bien de le dire.

 

- Sinon... tu fais quoi dans la vie ? lui demanda Thib, gageant pour ne

pas qu'il réponde un nom de métier des plus bizarres.

Matthias eut un sourire énigmatique, baissa les yeux.

- Tu vas te moquer... dit-il, riant nerveusement.

- Quoi ? fit Thibault, fronçant les sourcils. Strip-teaseur ? proxénète ? Vas-y,

balance, je suis prêt à tout avec toi perso...

- Boîte de stylisme, avoua Matthias.

 

Thibault détourna la tête pour masquer un petit rire.

Evidemment. Le cliché du gay efféminé qui bosse dans la mode.

 

- Pff... j'avais bien dit que tu te moquerais, dit Matthias, faisant mine de renifler avec

rancoeur. T'es trop prévisible ! lança-t-il, dans l'espoir de le vexer.

 

 

 

Thibault, pour le plaisir de le faire enrager, fit mine d'inspecter ses ongles,

comme le rouquin avait si bien l'habitude de faire.

 

- Et toi, t'es dans quoi ? l'interrogea Matthias, désireux de se venger.

Thibault prit son temps pour répondre, heureux

du contrôle qu'il exerçait sur ce spécimen.

- Dans la pub.

Les yeux de Matthias s'éclairèrent.

- La pub ? Hé, ça doit être vachement sympa ! J'avais fait un stage

comme ça quand j'étais gosse, j'avais adoré !

- A vrai dire c'est plutôt chiant, maugréa le concerné. Les jours gris, t'as plus envie de

rester sous ta couette à rien foutre qu'à tenter de trouver des moyens d'hypnotiser

 les gens pour qu'ils achètent un produit quelconque.

- "Les jours gris", j'imagine que ce n'est pas au sens propre ?

Thibault eut un rire sans joie.

- Y'a des jours qui paraissent interminables, c'est tout.

Et parfois un peu plus que des jours.

 

 

Matthias le fixa un instant, se rendant évidemment compte que Thibault fuyait

ostensiblement son regard. Il ne comprenait pas vraiment les personnes comme lui qui

fuyaient la réalité, ou n'arrivaient pas à se défaire de l'emprise de leurs problèmes. Pour lui,

 perdre la volonté de vivre équivalait à un cauchemard. Cet hétéro qui allait dans des boîtes

 gay pour faire plaisir à sa soeur était décidément bien étrange...

 

- Hum... à chaque boulot ses inconvénients, fit-il, pour éviter

 à Thibault l'évocation d'un sujet houleux.

- Des inconvénients de taille avec ta boîte de stylisme ? Un patron

tyrannique ? se moqua gentiment Thibault, soulagé qu'il ait eu

assez de tact pour ne pas chercher à en savoir plus.

 

La mâchoire de Matthias se crispa imperceptiblement,

 puis il afficha un sourire poli.

- Non, tout roule.

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18*  posté le samedi 15 décembre 2007 14:55

 

Thibault ne chercha pas en savoir plus sur la vie de Matthias. Celui-ci avait raison : si ça se

 trouvait, le lendemain, il ne serait même plus capable de mettre un nom sur son visage !

S'attacher ne servait qu'à apporter des complications... Matthias ne le connaissait pas et se

 foutait de tout. Il ne le connaissait pas, et il n'était pas attaché comme lui à des chaines

tranchantes. Chacun sa voie.

Cela dit, déconcerté par un regard qui lui brûlait la peau depuis déjà quelques minutes et

dont il n'arrivait pas à définir l'origine, il finit par regarder autour de lui, et repéra un type

brun au fond de la salle voisine, attablé devant un jeu de poker, qui les fixait intensément,

 Matthias et lui, par-dessus son jeu de cartes.

 

- Eh, Matthias... y'a un type qui nous mate, le prévint-il.

 

Il n'était déjà pas tout à fait rassuré avec son "pote" de fraîche date, alors de là à en inviter

un troisième dans la partie... autant partir tout de suite et s'attirer les foudres de Christina.

 

 

- Il ressemble à quoi ? demanda Matthias, sans se retourner pour autant,

 indifférent à cette nouvelle qui terrifiait Thibault.

- Euh... brun. Avec un t-shirt hyper moulant d'où sort littéralement le message

"Je suis un t-shirt de mec homo" , mais enfin bon...

- Un teint très blanc ? l'interrogea Matt, intrigué.

- Je t'emmerde, il a déjà plus de couleurs que moi.

- Des cheveux courts ?

- Plus longs que moi, plus courts que toi, maugréa Thibault. Tu veux pas non plus que j'aille

mitrailler son cul pour vérifier si tu l'as déjà expérimenté ?lui demanda-t-il avec ironie,

espérant cependant une réponse négative - aussi bien pour la requête de Matthias qu'au

sujet de "l'expérimentation" et de son statut en tant que testée ou non-testée.

- Hmm, une petite dernière... un piercing à l'arcade sourcillière ?

- Tu me crois vraiment capable de repérer ce genre de détails à la con, à vingt

 mètres de lui ?! s'exclama Thibault, agacé et vexé.

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19*  posté le dimanche 16 décembre 2007 00:00

 

-   Bon… d’après la description que tu m’en a fait, je dirais que c’est Antoine,dit

Matthias en esquissant une grimace fatiguée, la mine agacée.

Résigné, il tourna la tête en direction de l’individu désigné par

Thibault, et acquiesça piteusement.     

- Ouais, c’est bien lui.

-  Et c’est… ? Ton ex ? l’interrogea Thibault. Ton compagnon de

 baise occasionnel ? demanda-t-il avec un petit rire qui était loin d’être sincère.

-          Mmh… mon ex, lâcha Matthias en relevant les yeux, l’air en totale confusion.

 

Thibault ne pouvait s’empêcher de compatir – intérieurement -  à son malheur. Lui aussi, s’il avait recroisé Chelsea, avec son nouveau fiancé Jason de surcroît, il aurait facilement pété les plombs. Là, c’était Antoine qui voyait Matthias en la compagnie de quelqu’un d’autre, mais il ne semblait pas vraiment en souffrir, seulement en être profondément frustré, vu la manière dont il le détaillait depuis un certain moment… et si Matthias avait été amoureux de cet homme, ça devait le blesser. Thibault ne souhaitait ce genre de sentiments à personne, les éprouvant lui-même. Pris de fortes émotions, il tapota le bras de Matthias et lui offrit un pauvre sourire de pitié.

 -          Désolé pour toi… ça doit pas être facile.

- Hum…

Aïe, il n’avait peut-être pas envie d’en parler… alors que Thibault avait enfin trouvé un sujet de conversation qui puisse leur occuper une grande partie de la soirée ! En plus, il aurait pu faire une bonne action, en écoutant un pauvre gay en mal d’amour se plaindre de l’ancien amour de sa vie…

- S’il y a quelque chose que je peux faire pour toi…lui proposa-t-il, embêté de le voir

 si silencieux tout à coup, alors qu’il n’arrêtait pas de jacasser comme

 une pie quelques instants plus tôt.

 

 

 

Matthias secoua la tête et le remercia d'un petit sourire exprimant la gratitude

qu'il éprouvait face à cette proposition. Qu'il était têtu...

 

- Allez, j'ai envie de t'aider ! rit Thibault. Qu'est-ce que je pourrais

faire ? J'ai envie de me rendre utile !

- Pfff... rigola Matthias. Le seul truc qui l'énerverait un peu, ce n'est pas avec toi que je risque de le faire, y'a bien assez de mec autour qui l'agaceraient, t'inquiète pas pour ça !

- Hmm... tu veux dire que la seule manière de te venir en aide, ce serait de coucher avec toi et de le lui faire savoir ? demanda Thibault, sceptique et blasé.

- Non, pas jusque là ! s'esclaffa le rouquin. Mais je suis pas sûr que ça

lui ferait très plaisir que je me serre un mec sous son nez.

- "Se serrer" dans le genre embrasser ?

 

Ce que Thibault considérait comme le sens classique du terme.

Une petite boule d'excitation monta dans sa gorge, comme toujours lorsqu'il s'apprêtait à

 commettre un acte amusant et complètement délirant, ce qui ne lui était pas arrivé depuis

 longtemps. Ado, il avait déjà testé ce genre de pratiques avec quelques copains quand ils

 se retrouvaient tous avec un grand coup dans le nez, et n'en gardait pas un mauvais

souvenir. Alors si c'était pour la bonne cause...

 

 

- Boarf... si c'est que ça, je peux te dépanner,rit Thibault, se faisant

un peu plus accueillant que jusqu'alors.

Matthias releva la tête avec une expression de total ébahissement sur le visage.

- Sérieux ?!  

- Du moment que ça reste un petit délire pour t'aider à emmerder ton ex.

- t'étais pas dégoûté par les homos, y'a deux minutes ? lui rappela 

Matthias en fronçant les sourcils.

 

Thibault leva les yeux au ciel.

 

- Je ne suis pas dégoûté par les homos, je reste sur mes gardes avec eux, c'est

 tout, avoua-t-il en éclatant de rire. Ma soeur s'est déclarée lesbienne à treize ans,

 l'a avoué à nos parents à dix-neuf, et on ne leur parle plus depuis, elle parce

qu'eux ne peuvent plus la voir en face, et moi parce qu'à partir du moment où

il refusent de parler à leur fille simplement parce qu'elle a une preférence sexuelle

féminine, je ne les considère pas comme des personnes respectables. Alors si je

 ne supportais pas les homos, y'aurait belle lurette que j'me serais cassé d'ici !

 

 

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20*  posté le dimanche 16 décembre 2007 00:50

 

- Ok alors ! fit Matthias, dissimulant quelque peu son enjouement. Du

moment que tu ne vas pas me crier dessus après...

- Idiot... souffla Thibault en se rapprochant de lui. Si c'est moi qui te le propose,

 y'a pas de problème. Il regarde au moins, là ?

- Oui, dit le roux avec un sourire satisfait, après avoir jeté un coup

d'oeil par-dessus l'épaule de son interlocuteur.

 

Un peux anxieux, il regarda Thibault qui s'avançait sur son tabouret pour réduire

la distance qui les séparait l'un de l'autre : il n'aurait jamais cru qu'il serait prêt à

 faire une chose pareille, et surtout à prendre des initiatives aussi déroutantes.

 Ses lèvres n'était déjà plus qu'à quelques centimètres des siennes... l'explication

la plus plausible était que Thibault était assez stressé par sa propre idée,

 et qu'il désirait en finir vite, ce qui était compréhensible,

venant d'un hétéro. "Enfin bon... drôle d'hétéro" , pensa-t-il, 

masquant cependant sa surprise.

Thibault, lui, se pencha un peu plus vers Matthias, hésitant. Son geste resterait-il

sans aucune conséquence ? Il l'espérait. Et pourtant, ça ne lui ressemblait pas.

Pas du tout.

 

 

Il ne pouvait passer sa vie à se cacher dans l'ombre, à attendre que son heure ne

 vienne... tant que ses lèvres étaient encore rouges, il devait leur offrir le plus beau

des cadeaux... et le plus froid, par la suite. Mais tant qu'elle étaient encore rouges

et chaudes... il devait vivre. Tant que le torse restait pur et intouché par autrui, il

devat se reposer dessus. Compter. C'était cela, compter sur quelqu'un. Mettre sa

confiance, au péril de sa santé, de ses lèvres si rouges... se noyer dans ses yeux, tant

qu'ils étaient encore aveuglés par une passion dévastatrice, et aimer... tant que la

nuit cachait l'aube flétrie qui l'attendait et qui se rapprochait,

lentement mais sûrement.

 

- Bon... s'encouragea Thibault tout bas, sentant comme un vent froid d'hiver

 lui enrober le coeur, suivi d'une vague de chaleur.

 

Parce que c'était l'été après l'hiver.

Non... c'était l'automne.

Une morne chaleur après le vide glacial.

Parce que l'hiver était encore à venir. Bientôt.

Un réconfort, une bouée de secours aux tons des arbres qui perdent leurs

 feuilles... comme les composants d'une confiance trop vite accordée. Du rouge,

du marron, de l'orangé, et surtout... de la lumière. La lumière du salut, au bout du tunnel.

 Fou d'inquiétude mais rempli d'une sérénité pour le moins étrange, Thibault attrapa

Matthias par la nuque et approcha son visage du sien, pour la première fois...

 

 

Il sentit d'abord les lèvres de Matthias qui frôlaient les siennes. Déconcerté, il eut

un mouvement de recul de quelques millimètres, comme pour se protéger d'un destin

 dont il ne voulait pas. Mais quand au fond de soi, on désirait une destinée qui nous

 ferait autant de mal que de bien en peu de temps, et qu'on veut embarquer

quelqu'un dont on pourra consummer le feu durant le voyage vers les lymbes, alors

 on ne peut révoquer la décision du coeur. Le premier jour d'amour ne revient jamais,

 et une heure passionnée ne peut être une heure gâchée. Le violon, la main

 du poète... chaque coeur dégelé après l'hiver... interprète le thème avec soin.

Une douce musique tribale qui donne l'impression d'être entouré par

des flammes... et le soupçon de vie est effacé.

Le vent. La pluie. Le feu.

Les êtres de pluie survivaient au mensonge. Elle pourrait lui pardonner après être

allée voir de son côté aussi. Elles pourraient leur pardonner. Ca terminerait bien.

Ceux qui mêlaient feu et vent n'étaient pas aussi chanceux.

Ce serait le prix à payer pour avoir tant abusé d'une passion qui les détruirait.

De toute manière, c'était voué à l'échec.

 

Thibault entrouvrit les yeux, envahi par une étrange sensation de froid mêlé à

 une chaleur intense. Il avait peur. Peur de s'envoyer en l'air. Mais la tentation

était plus forte que ses craintes. Refermant ses paupières, il mit sa bouche en

 harmonie avec les lèvres jusqu'alors closes de Matthias, et laissa leurs souffles

 s'emmêler pour toucher l'intérieur de son être.

 

 

Avant même que leurs langues n'entrent en contact, il avait compris.

Il avait compris que c'était déjà trop tard. Il ne servait plus à rien de fuir sa destinée,

quand il l'avait lui-même tracée. Certes, on dirigeait son futur, il n'était pas

pré-créé... sauf quand on était ce genre de personnes. Les personnes qui aiment

à se dire que, dans le fond, elles ne sont bonnes qu'à souffrir, et que ça ne les dérange

 pas du moment qu'elles vivent quelque chose d'exceptionnel avant

de s'éteindre comme le feu de l'automne.  

A fleur de peau, il se laissa voguer, l'espace de quelques secondes, bien au-dessus

de ce lieu occupé par la vie. Esprit libre et léger, il s'envola et se promit que,

 un jour viendrait où il volerait à nouveau... déchu en monstre.

Déchu par le péché.

Même s'il pouvait encore y échapper.

 

*En mode psycho xD*

 

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