
- Ok alors ! fit
Matthias, dissimulant quelque peu son
enjouement. Du
moment que tu ne vas pas me crier dessus
après...
- Idiot... souffla
Thibault en se rapprochant de lui. Si c'est moi qui te
le propose,
y'a pas de problème. Il regarde au
moins, là ?
- Oui, dit le roux avec
un sourire satisfait, après avoir jeté un
coup
d'oeil par-dessus
l'épaule de son interlocuteur.
Un peux anxieux, il regarda
Thibault qui s'avançait sur son tabouret pour
réduire
la distance qui les
séparait l'un de l'autre : il n'aurait jamais cru qu'il
serait prêt à
faire une
chose pareille, et surtout à
prendre des initiatives aussi déroutantes.
Ses
lèvres n'était
déjà plus qu'à
quelques centimètres des siennes... l'explication
la plus
plausible était que
Thibault était assez
stressé par sa propre idée,
et qu'il
désirait en finir vite, ce qui
était compréhensible,
venant d'un
hétéro. "Enfin bon...
drôle d'hétéro" ,
pensa-t-il,
masquant
cependant sa surprise.
Thibault, lui, se pencha un
peu plus vers Matthias, hésitant. Son geste
resterait-il
sans aucune
conséquence ? Il l'espérait. Et pourtant,
ça ne lui ressemblait pas.
Pas du tout.

Il ne pouvait passer sa vie
à se cacher dans l'ombre, à attendre que son heure
ne
vienne... tant que
ses lèvres étaient encore rouges, il devait leur
offrir le plus beau
des cadeaux... et le plus
froid, par la suite. Mais tant qu'elle étaient encore
rouges
et chaudes... il devait
vivre. Tant que le torse restait pur et intouché par autrui,
il
devat se reposer dessus.
Compter. C'était cela, compter sur quelqu'un. Mettre
sa
confiance, au péril
de sa santé, de ses lèvres si rouges... se noyer dans
ses yeux, tant
qu'ils étaient
encore aveuglés par une passion dévastatrice, et
aimer... tant que la
nuit cachait l'aube
flétrie qui l'attendait et qui se rapprochait,
lentement mais
sûrement.
- Bon... s'encouragea
Thibault tout bas, sentant comme un vent froid
d'hiver
lui enrober le
coeur, suivi d'une vague de chaleur.
Parce que c'était
l'été après l'hiver.
Non... c'était
l'automne.
Une morne chaleur
après le vide glacial.
Parce que l'hiver
était encore à venir. Bientôt.
Un réconfort, une
bouée de secours aux tons des arbres qui perdent
leurs
feuilles...
comme les composants d'une confiance trop
vite accordée. Du rouge,
du marron, de
l'orangé, et surtout... de la lumière. La
lumière du salut, au bout du tunnel.
Fou
d'inquiétude mais rempli d'une sérénité
pour le moins étrange, Thibault attrapa
Matthias par la nuque et
approcha son visage du sien, pour la première
fois...

Il sentit d'abord les
lèvres de Matthias qui frôlaient les siennes.
Déconcerté, il eut
un mouvement de recul de
quelques millimètres, comme pour se protéger d'un
destin
dont il ne voulait
pas. Mais quand au fond de soi, on désirait une
destinée qui nous
ferait autant de mal
que de bien en peu de temps, et qu'on veut embarquer
quelqu'un dont on pourra
consummer le feu durant le voyage vers les lymbes, alors
on ne peut
révoquer la décision du coeur. Le premier jour
d'amour ne revient jamais,
et une heure
passionnée ne peut être une heure gâchée.
Le violon, la main
du
poète... chaque coeur dégelé après
l'hiver... interprète le thème avec
soin.
Une douce musique tribale
qui donne l'impression d'être entouré par
des flammes... et le
soupçon de vie est effacé.
Le vent. La pluie. Le
feu.
Les êtres de
pluie survivaient au mensonge. Elle pourrait lui pardonner
après être
allée voir de
son côté aussi. Elles pourraient leur pardonner. Ca
terminerait bien.
Ceux qui mêlaient feu
et vent n'étaient pas aussi chanceux.
Ce serait le prix à
payer pour avoir tant abusé d'une passion qui les
détruirait.
De toute
manière, c'était voué à
l'échec.
Thibault entrouvrit les
yeux, envahi par une étrange sensation de froid
mêlé à
une chaleur intense.
Il avait peur. Peur de s'envoyer en l'air. Mais la tentation
était plus forte que
ses craintes. Refermant ses paupières, il mit sa bouche
en
harmonie avec les
lèvres jusqu'alors closes de Matthias, et laissa leurs
souffles
s'emmêler pour
toucher l'intérieur de son être.

Avant même que leurs
langues n'entrent en contact, il avait compris.
Il avait compris que
c'était déjà trop tard. Il ne servait plus
à rien de fuir sa destinée,
quand il l'avait
lui-même tracée. Certes, on dirigeait son futur, il
n'était pas
pré-créé... sauf quand on
était ce genre de personnes. Les personnes qui
aiment
à se dire que, dans
le fond, elles ne sont bonnes qu'à souffrir, et que
ça ne les dérange
pas du moment
qu'elles vivent quelque chose d'exceptionnel avant
de s'éteindre comme
le feu de l'automne.
A fleur de peau, il se
laissa voguer, l'espace de quelques secondes, bien
au-dessus
de ce lieu occupé
par la vie. Esprit libre et léger, il s'envola et se promit
que,
un jour viendrait
où il volerait à nouveau... déchu en
monstre.
Déchu par le
péché.
Même s'il pouvait
encore y échapper.
*En mode psycho
xD*
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